Picardie

Région de climat océanique, marquée de nuances continentales vers l'intérieur, la Picardie s'ouvre sur la Manche par une courte façade littorale, de part et d'autre de la baie de Somme. Au Sud, s'étendent les plateaux tertiaires du bassin de Paris : Tardenois, Valois, Soissonnais, surmontés de buttes et fortement compartimentés ; ils portent d'opulentes campagnes ouvertes mais aussi de vastes forêts (Compiègne, Senlis, Villers-Cotterêts) et se terminent, à l'Ouest, sur la boutonnière bocagère du pays de Bray. Au Nord, les plaines et les collines de craie abritent de beaux openfields sur les limons (Santerre, Vermandois, Laonnois), alors que les zones argileuses ont un paysage plus boisé et verdoyant (Vimeu, Amiénois) ; on ne trouve cependant le vrai bocage qu'au Nord-Est, en Thiérache. Traversant la région en diagonale, la vallée de l'Oise est le grand axe de peuplement et de passage.

Nord-Pas de calais

Le Nord-Pas-de-Calais a longtemps été l’une des destinations privilégiées des travailleurs venus d’Europe du Sud ou du Maghreb. Fleuron de l’industrie sidérurgique et métallurgique, la région manquait alors cruellement de main-d’œuvre. Aujourd’hui, la situation est bien différente. Déjà très touché par la crise industrielle, le Nord-Pas-de-Calais a durement accusé le ralentissement de croissance des dernières années et enregistre aujourd’hui un chômage de 15 %, bien plus élevé que la moyenne nationale. Le chômage de longue durée y est passé de 34 % en 1993 à 40 % en 2000.
Conséquence logique de cet inemploi, les ménages pauvres sont beaucoup plus nombreux dans la région qu’ailleurs : on en compte 600 000 pour une population de 4 millions de personnes. Le Nord-pas-de-Calais est également la deuxième région à recenser le plus de bénéficiaires du RMI.

Noirs terrils, usines fumantes ou désaffectées, corons insalubres, cimetières militaires... Il y a vingt ans, le Nord-Pas-de-Calais se traversait. Il ne se visitait pas. Aujourd’hui, persistent la faiblesse de l’ensoleillement, l’épaisseur des brumes hivernales, la puissance des vents et la fréquence, plus que l’abondance, des pluies, mais le décor a singulièrement changé. Désormais, on se bouscule pour visiter les aquariums de Nausicaà, se détendre dans les bases de loisirs aménagées sur les friches minières, traquer le héron cendré dans le marais audomarois, flâner sur les plages, participer au carnaval de Dunkerque, ou visiter le musée des Beaux-Arts de Lille. Au point que le tourisme est devenu l’une des toutes premières industries de la région.
Comme son nom l’indique, le Nord-Pas-de-Calais est situé au nord de la France, en face du pas de Calais, détroit qui sépare le Royaume-Uni du continent, la Manche de la mer du Nord. Leurs flots se mêlent entre le cap Gris-Nez, la falaise d’argile, et le cap Blanc-Nez, la falaise de craie, sublimes joyaux de la côte d’Opale, du nom de la pierre fine aux reflets irisés et bleutés, comme troublée d’un léger voile de brume. De la frontière belge à la Picardie, le littoral est l’un des mieux préservés de France. Sur 140 km de plages de long,, alternent dunes et falaises, espaces bocagers et forêts de frênes, plages de sable fin et stations balnéaires. C’est le royaume d’Eole qui sculpte les dunes, gonfle les voilures des chars à voile et fait tournoyer les cerfs-volants.

En remontant le littoral vers la Belgique voisine, s’ouvre la plaine la plus plate et la plus basse d’Europe. Près de Dunkerque, les moeres, ces marécages asséchés au XVIIe siècle, se situent même à deux mètres sous le niveau de la mer ! Conquis de haute lutte sur la mer, tous les polders sont sillonnés de watergangs (canaux de drainage) et protégés par un cordon dunaire. Sur les côtes de la Manche, une ligne d’imposantes falaises de craie fait face avec majesté à sa sœur jumelle anglaise. Dans certaines vallées, les terres marécageuses ont été peu à peu envahies par les sables marins, repoussant ainsi le trait de côte. Au point que Montreuil-sur-mer, la bien mal nommée, est aujourd’hui à plus de dix kilomètres du littoral...
Dans l’arrière-pays, s’étend « la plaine blême, toujours la même » (Emile Verhaeren, le poète belge du début du siècle), jusqu’aux monts des Flandres, à l’est, et, au sud, jusqu’aux collines accidentées de l’Avesnois (225 m). Dans cette « petite Suisse » proche des Ardennes, les routes sinueuses rusent avec un bocage ponctué de vergers de pommes et d’étangs poissonneux. Partout ailleurs, c’est le « plat pays », avec comme uniques montagnes des centaines de terrils, vastes collines artificielles, édifiées au cours des siècles avec les rebuts des mines de charbon. Le terril de Loos-en-Gohelle, le plus haut d’Europe, culmine à quelque 189 m. D’ici, par temps clair, on distingue les gratte-ciel de Lille, distants de plus de 40 km !
Mais le Nord, très densément peuplé, est surtout un pays de villes. Villes fabriques (Roubaix, Tourcoing, Calais) et villes minières, avec leurs alignements de petites maisons ouvrières toutes semblables : courées [1] du textile ou corons [2] des mines. Pendant plus d’un siècle, malgré quelques belles façades ornementées d’usines, l’urbanisme industriel, sombre et monotone, a surtout masqué l’héritage architectural des anciennes cités marchandes, déjà mis à mal par les guerres. Car des hallebardiers espagnols aux « panzerdivisions », le Nord a vu défiler toutes les armées du monde. Blockhaus, musées et poignants cimetières militaires britanniques, canadiens, américains et français témoignent des nuées de feu qui se sont abattues sur la région au cours des deux guerres mondiales qui ont embrasé le XXe siècle. Certes, les villes du Nord ont toujours arboré avec orgueil leur beffroi [3], symbole d’indépendance et de puissance de la bourgeoisie depuis le Moyen-Age.
Mais on redécouvre les fastueux vestiges hispano-flamands récemment restaurés. Reconstruites à l’identique après 1945, les 155 demeures à arcades (XVIIe et XVIIIe siècles) qui entourent la Petite Place et la Grande Place d’Arras (capitale du Pas-de-Calais) ont conservé leur apparence originelle, tout comme la cour flamande de la Vieille Bourse de Lille (capitale du Nord), où se pressent bouquinistes et fleuristes. Subsistent également quelques fortifications et citadelles érigées par Vauban [4], la plupart ayant été détruites au XIXe siècle afin de faciliter le développement industriel. Avec ses trois kilomètres et demi de remparts parfaitement conservés, Le Quesnoy, dans l’Avesnois, est sans conteste la halte obligée sur la « Route des Villes fortifiées ».